Sommaire de la page
  1. Qui a inventé l'aileron de surf, et comment a-t-il évolué ?
  2. Avant l'aileron : l'instinct, la main et la rame
  3. 1934 : Tom Blake invente l'aileron
  4. 1935-1960 : l'aileron grandit, puis pense à la sécurité
  5. Les années 1960-1970 : Greenough, le twin et la souplesse
  6. 1980-1998 : thruster, winglets et incidence réglable
  7. 2015 : l'aileron dynamique, synthèse des onze gènes
  8. Pour aller plus loin
  9. Questions fréquentes

Qui a inventé l'aileron de surf, et comment a-t-il évolué ?

L'aileron de surf est attribué à Tom Blake, qui fixe en 1934 une quille de bateau sous son paddleboard à Waikiki : la planche tient sa trajectoire et prend appui pour tourner. Avant lui, les surfeurs hawaïens de 1769 et les alaias de 1890 glissaient sans dérive, et les piroguiers d'Afrique de l'Ouest orientaient leur rame pour diriger la pirogue dans la vague. L'invention de Blake est ignorée près de dix ans, puis l'aileron grandit (1935-1960), devient amovible et sécurisé (popout, 1960), se dédouble (twin, années 1960), s'affine et fléchit avec George Greenough, se structure (Cundith, 1977), se triple (thruster, 1980), gagne des winglets (1984-1986) et une incidence réglable (swivel, 1998). En 2015, l'aileron dynamique FYN ajoute la cambrure et l'incidence variables : chaque étape a laissé un « gène » que les ailerons d'aujourd'hui conservent.

Avant l'aileron : l'instinct, la main et la rame

Le besoin de se diriger dans la vague précède de loin l'aileron. Un bodysurfeur oriente ses mains et varie leur forme pour tenir sa ligne ; c'est déjà un profil à géométrie variable. Les récits de voyage en Afrique de l'Ouest, vers 1600, décrivent des piroguiers qui prennent les vagues en orientant leur rame comme une dérive. En Martinique, le bwa flo, un tronc effilé, servait à franchir le shore-break pour ramener les marchandises des navires.

À Hawaï, les planches décrites lors des voyages de Cook (1769) sont longues et sans dérive ; les premières photographies de surfeurs (1890) montrent des alaias plates, dirigées au rail et au pied. Pour tourner, les surfeurs des années 1930 plongent brièvement le pied dans l'eau.

Bodysurfeur dirigeant sa glisse avec la main
Gène 1 : la main du bodysurfeur, un profil dont la forme varie en permanence.
Gravure de piroguiers dans les vagues, la rame servant de dérive
Gène 2 : la rame des piroguiers, une dérive dont on règle l'incidence.
Surfeurs des îles Sandwich sur des planches sans aileron, gravure du XVIIIe siècle
Gène 3 : les planches sans dérive des îles Sandwich ; en ligne droite, l'aileron doit se faire oublier.

1934 : Tom Blake invente l'aileron

Tom Blake, surfeur, sauveteur et constructeur de planches creuses, fixe en 1934 une quille de 30 cm sous son paddleboard. L'effet est immédiat : la planche garde son cap et offre un point d'appui arrière pour virer sans déraper. Des figures impossibles jusque-là deviennent accessibles. L'adoption est pourtant lente : l'aileron est difficile à intégrer et paraît dangereux aux surfeurs de l'époque. Il faut une dizaine d'années pour qu'il se généralise.

Tom Blake posant avec ses planches
Tom Blake et ses planches : l'esprit créatif du shaper-surfeur.
Photo du premier aileron de Tom Blake avec sa légende manuscrite
Le premier aileron, photo et légende de la main de Tom Blake (Surfer Magazine, mars 1981).

1935-1960 : l'aileron grandit, puis pense à la sécurité

De 1935 à 1960, la hauteur de l'aileron ne cesse d'augmenter : le point d'appui devient plus efficace, les virages plus serrés ; la radicalité du cut-back et du bottom turn naît de cette évolution. Dans les années 1960, les nouveaux matériaux permettent de grands allongements, et la sécurité devient un argument : le popout de 1960 est conçu pour s'enlever lors d'un choc.

Aileron en bois des années 1930
Aileron de bois, années 1930-1940.
Aileron large des années 1950
Aileron large, années 1950 : l'importance de la surface d'appui.
Aileron popout de 1960 conçu pour se détacher au choc
Le popout (1960) : un aileron qui se détache au choc. Gène 6 : penser à la sécurité.

Les années 1960-1970 : Greenough, le twin et la souplesse

Autour de 1964, alors que le twin se répand, George Greenough teste des dérives en twin en les rapprochant tant qu'il gagne en efficacité, jusqu'à constater qu'une seule dérive bien dimensionnée fait mieux : un bon aileron vaut mieux que deux qui se contredisent. Dans les années 1970, il développe des singles de fort allongement, étroits à la corde pour la manœuvrabilité, hauts pour conserver la surface, avec du rake et de la flexibilité : sous l'effort, le bout de l'aileron plie dans le sens du flux. La géométrie variable selon l'effort est née. En 1977, Cundith travaille la structure interne de l'aileron pour maîtriser cette souplesse sans dérive excessive.

Planche à plusieurs ailerons des années 1960
Le multi-fin des années 1960 : plus n'est pas forcément mieux.
Aileron structuré de Cundith, 1977
Cundith (1977) : une structure qui gère la déformation.

1980-1998 : thruster, winglets et incidence réglable

En 1980, Simon Anderson impose le thruster, trois ailerons qui concilient l'accroche du single et la vitesse du twin ; il reste le standard. Vers 1984-1986, des winglets inspirés de l'aéronautique apparaissent en bout d'aileron pour réduire les pertes tourbillonnaires des ailerons à faible allongement. En 1998, le Swivel Fin introduit une incidence réglable : l'approche devient hydrodynamique, l'angle d'attaque est reconnu comme le paramètre clé de la portance et de la traînée.

Système de réglage d'incidence du Swivel Fin, 1998
Swivel Fin (1998) : l'incidence réglable.
Aileron de surf à winglets
Winglets (1984-1986) : limiter les pertes en bout d'aileron.

2015 : l'aileron dynamique, synthèse des onze gènes

Chaque étape a laissé un principe : la forme variable (bodysurf), l'incidence réglable (rame), la transparence en ligne droite (alaia), le pivot (Blake), la surface d'appui, la sécurité (popout), un bon aileron plutôt que deux contradictoires (Greenough), la géométrie variable selon l'effort, la structure qui contrôle la déformation (Cundith), l'incidence (Swivel) et la maîtrise des pertes en bout (winglets).

Le système ADAC (brevets Europe 2014 et USPTO 2015), développé par les concepteurs des logiciels Mecaflux et Heliciel, les réunit dans l'aileron FYN Genome : une armature articulée sous une peau souple fait varier automatiquement l'incidence et la cambrure (jusqu'à 35 %) selon la trajectoire, aligne le profil en ligne droite, le cambre en appui et projette la portance vers l'avant. Comme l'aileron de Blake en son temps, il demande au surfeur de nouveaux appuis, centrés sur la colonne vertébrale plutôt que sur le pied arrière. Les pages performance et biomimétisme détaillent ce fonctionnement.

Frise chronologique de l'évolution des nageoires puis des ailerons de surf jusqu'à 2015
La frise FYN : des premiers poissons à l'aileron dynamique de 2015.

Pour aller plus loin

  • Surfresearch (Australie), chronologie détaillée des ailerons.
  • Tom Blake, Hawaiian Surfboard, 1935 ; Surfer Magazine, mars 1981 (photo du premier aileron).
  • Nicolas Labat, le bwa flo de Martinique (blog).
  • C. A. Marchaj, Aero-Hydrodynamics of Sailing (effet de volet entre profils en ligne).

Questions fréquentes

Qui a inventé l'aileron de surf ?

Tom Blake, en 1934 à Waikiki, en fixant une quille de bateau sous son paddleboard. L'invention met près de dix ans à être adoptée.

Quand le thruster est-il apparu ?

En 1980, avec Simon Anderson : deux latéraux et un central, qui concilient l'accroche du single et la vitesse du twin. Il reste la configuration la plus répandue.

Pourquoi Greenough est-il revenu au single ?

En rapprochant les deux ailerons d'un twin, il gagnait en efficacité jusqu'à constater qu'un seul aileron bien dimensionné faisait mieux : deux ailerons à angle fixe se contredisent, l'un freine pendant que l'autre accroche.

Quelle est la dernière évolution de l'aileron de surf ?

L'aileron dynamique à cambrure et incidence variables (système ADAC, 2015), qui réunit les principes des étapes précédentes. Ses courbes de portance et de traînée se calculent avec le calculateur de portance ou le logiciel Heliciel ; Mecaflux propose aussi l'étude de votre projet.